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mise à jour le 10-01-2012

10 janvier 2012 - "Rennes seroit la plus comode" : la lutte des Rennais pour l'obtention des séances de la chancellerie et du conseil de Bretagne (1541-1543)


Par Mathieu Pichard-Rivalan

Entre 1541 et 1543, les municipalités de Rennes et de Nantes s’activent pour convaincre le roi de France (et son dauphin, second fils et « duc de Bretagne », Henri) de fixer les séances de la chancellerie et du conseil de Bretagne dans une seule ville en renonçant aux anciens statuts qui établissaient l’alternance par périodes de six mois. Chacune des deux, avec énergie, mobilise ses soutiens, envoie ses représentants auprès du roi, bâtit un argumentaire, parfois virulent, afin d’obtenir que l’institution s’installe définitivement entre ses murs. L’intervention de Mathieu Pichard-Rivalan portera sur ce débat majeur de l’histoire institutionnelle de la province bretonne au XVIème siècle en posant la question du statut de « capitale provinciale » récemment interrogée par les historiens, statut que Rennes aurait finalement obtenu avec la fixation définitive des séances du parlement de Bretagne sur les bords de la Vilaine, en 1561.

Le dossier des pièces émanant du débat des années 1540 met en lumière les efforts spectaculaires des élites rennaises pour ne pas perdre une institution issue de la période ducale, le conseil et la chancellerie, institution servant de cour d’appel pour l’ensemble des juridictions bretonnes, cour de justice vieillissante dont personne ne sait en 1543 qu’elle sera bientôt supprimée, ses attributions passant aux sièges présidiaux (1552) puis au parlement (1554). Au cœur de ce dossier – entièrement transcrit – une attention particulière est donnée à l’interrogatoire mené par le conseiller du roi et premier président de Bretagne, Jehan Bertrand, à la faveur de la réunion des Etats de Bretagne en septembre 1543. Ce document de plus de deux cents pages, vraisemblablement rédigé dans la demeure de la Prévalaye à Rennes, apporte, une fois l’écran de la polémique institutionnelle dissipé, un éclairage inédit sur la situation économique et sociale de la province bretonne, dix ans après son rattachement à la couronne de France. Il révèle surtout l’intérêt porté par les élites municipales aux institutions « provinciales » – chancellerie et conseil puis parlement mais aussi chambre des comptes – et laisse imaginer les répercussions de la présence de ces institutions sur les équilibres d’une ville pendant la période moderne.